INTERVIEW: Stéphanie Frappart FIFA arbitre

Publié : mardi 10 octobre 2017

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Stéphanie Frappart, arbitre lors de la dernière Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Canada 2015™ ainsi que lors des Jeux Olympiques de Rio en 2016, revient sur son parcours, son expérience, les différences entre l’arbitrage dans le football masculin et le football féminin, les progrès de l’arbitrage et du football féminin en France, mais aussi ses ambitions personnelles.

Stéphanie Frappart, quels sont vos souvenirs de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA™ au Canada en 2015 ?
Une expérience inoubliable ! Participer à la plus grande compétition de football au monde, c’est exceptionnel ! En plus, c’était ma première compétition FIFA. La FIFA a tout mis en œuvre pour qu’on soit dans les meilleures conditions, avec des séminaires en amont et la mise à notre disposition de l’ensemble des outils techniques, tactiques, psychologiques et physiques pour être prêtes le jour J. J’ai arbitré deux matches, dont un où il a fallu prendre des décisions importantes. Je garde un excellent souvenir de mon match États-Unis – Colombie.

Vous avez connu une évolution incroyable. Est-ce que vous sentez que vous êtes devenue une arbitre importante, l’une des meilleures du moment ?
Oui en effet, je peux dire que j’ai conscience d’avoir bien évolué depuis mes premiers pas dans l’arbitrage. La participation à des séminaires pour arbitres, en France, à l’UEFA et à la FIFA a rendu possible cette évolution et m’a permis d’acquérir plus de compétences d’un point de vue technique, tactique et physique afin de mieux aborder les matches. Importante ? Oui et non, l’essentiel reste d’être performante sur le terrain.

En France, l’arbitrage féminin progresse-t-il autant que le football féminin ?
Oui, je pense que les progrès sont visibles et vont dans le sens du développement du football féminin en général. Depuis 2010 en France, après le beau parcours de l’équipe de France à la Coupe du Monde en Allemagne, une campagne de développement pour le football féminin a été lancée par la fédération. Ce plan de développement concerne à la fois les joueuses, l’arbitrage et l’encadrement. C’est tout un ensemble qui monte en puissance et c’est vrai qu’avec l’organisation de la Coupe du Monde Féminine en France en 2019, on espère que cela va continuer.

À quoi faut-il justement s’attendre dans votre pays en 2019 ?
C’est la Coupe du Monde Féminine, la plus belle compétition de football féminin ! On a vécu l’EURO 2016 de l’UEFA des garçons en France il n’y a pas si longtemps et on a vraiment vu un engouement formidable dans tout le pays. L’ambiance dans les stades était magnifique. Cette Coupe du Monde, elle arrive au bon moment pour le football féminin français. Le plan de développement de la fédération porte ses fruits. On regarde de plus en plus les matches de football féminin à la télévision. Les matches de l’équipe de France féminine se jouent dans des stades pleins. Il y a un vrai engouement et la discipline grandit sans cesse.

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Pour vous, un bon parcours des Bleues diminuerait toutefois vos chances d’avancer.
Oui, on est toutes des compétitrices et on veut toutes aller au plus loin dans la compétition, joueuses comme arbitres. Après, on est conscientes qu’en tant qu’arbitres, on est dépendantes de notre performance, mais aussi du succès de l’équipe de notre pays. Mon but est de réaliser de bonnes performances sur le terrain et ensuite, on verra ce que l’avenir nous réserve !

Est-il plus difficile d’arbitrer des hommes ou des femmes ? Vous faites les deux à un niveau presque professionnel.
C’est différent. Maintenant, ça commence à être du même niveau. Mais chez les garçons, c’est plus physique, il y a plus de vice, donc la gestion des joueurs n’est pas la même. Chez les filles, c’est plus discipliné, l’approche tactique est différente. Elles ont une autre philosophie de jeu qui plaît davantage à l’amateur de football.

Sur le terrain, vous n’êtes généralement pas l’arbitre qui parle le plus. Mais vous prônez le grand respect de la part des hommes.
Si tu prouves que tu es à ta place par tes compétences et que tu prends les bonnes décisions, alors on te respecte. Après, c’est sûr qu’il y a plus de respect dans les relations hommes-femmes. Les contestations existent, mais dans le choix des mots, l’attitude, les gestes et les regards, ils sont moins agressifs envers une femme arbitre.

Quel est le moment le plus sympa que vous ayez vécu lors d’un match ?Sortir d’un match sous les applaudissements des joueurs, des dirigeants, du public – c’est reconnaître la compétence, c’est très valorisant.

Et à l’inverse, le moment le plus dur ?
Durant certains matches, on entend des propos sexistes, c’est vraiment décevant à notre époque. Une fois, lors d’un match dans ma région, quand je suis arrivée au stade et que j’ai dit que j’étais l’arbitre, on m’a répondu que l’on ne pouvait pas faire « pire qu’une femme ».

Cela vous a fait sourire à ce moment-là ?
Tu prends de la hauteur. Tu te dis « ça va être sympa aujourd’hui ». Après tu en fais abstraction et tu fais ton match.

Est-ce que vous pensez que les femmes sont déjà prêtes à arbitrer un match de Coupe du Monde masculine ?
Je pense et j’espère qu’un jour il y en aura une ! On doit valoriser la place de la femme dans le football.

Vous vous sentez prête ?
Il faudra que les exigences soient les mêmes que celles demandées aux hommes d’un point de vue physique, technique et tactique.

Comment avez-vous pu profiter des séminaires communs avec les arbitres masculins ?
Notamment sur les temps de discussions à l’aide de la vidéo. On a partagé des expé- riences. Les hommes vivent plus de matches de haut niveau, ils ont une certaine pression, on discute des solutions qu’ils mettent en place sur le terrain. En effet ces séminaires nous font beaucoup progresser et évoluer.

Rêvez-vous déjà d’arbitrer le PSG au Parc des Princes ?
Impossible, je suis Française et Parisienne ! [rires] Mais comme tout sportif, je veux arriver au meilleur niveau, il faut du temps et un petit plus d’expérience. Pas à pas, on y arrive. Il faut croire en ses rêves !


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