Interview d’Alejandro Dominguez : comment transformer la Conmebol en organisation du XXIe siècle

Publié : mercredi 3 mai 2017

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En devenant Président de la confédération sud-américaine Conmebol en janvier 2016, le Paraguayen Alejandro Dominguez a endossé l’une des fonctions les plus ternies dans le monde du football. Ses trois prédécesseurs directs –  Juan Ángel Napout, Eugenio Figueredo et Nicolás Leoz – ont été impliqués dans des affaires de corruption. Les deux premiers ont été arrêtés tandis que Leoz a été placé en résidence surveillée.

Pour Dominguez, redorer l’image et redresser les pratiques de la Conmebol (et encourager ses dix associations membres à appliquer de meilleures méthodes) fait partie des nombreuses priorités sur le plan de la modernisation. Au niveau des clubs comme au niveau international, il est nécessaire de maîtriser correctement la passion et le potentiel du football sud-américain à l’ère de la mondialisation – en travaillant avec les voisins du nord dans certains cas, et en proposant des adaptations locales dans d’autres.

En gardant tout cela à l’esprit, SportsPro a rencontré Dominguez pour une courte interview lors de la conférence Football Talks qui s’est tenue à Estoril, au Portugal.

SP : Comment avez-vous tenté de vous établir dans vos fonctions et d’éloigner l’organisation des événements antérieurs ?

AD : J’ai vu l’opportunité. Je n’ai pas vu la crise. J’ai vu l’opportunité et je travaille avec mon équipe afin de transformer la Conmebol, qui est actuellement une organisation du XIXe siècle, en une organisation du XXIe siècle. Nous progressons donc dans cette direction et nous avons la lourde tâche de recentrer l’organisation pour que le football en soit à nouveau la fin ; et pour ce faire, l’argent sera le moyen. J’insiste particulièrement sur ce point parce que quand je suis entré en fonctions, j’ai compris que l’organisation été gérée comme une entreprise privée dans laquelle l’argent était la fin et le football était le moyen.

À première vue, cela peut sembler facile, mais cela prend du temps car le changement ne s’effectue jamais autant en douceur que nous le souhaiterions.

Quelles mesures concrètes avez-vous adoptées ou comptez-vous adopter pour y parvenir ?

Tout d’abord, si vous jetez un œil au budget, le budget est public. Désormais, tout le monde (chacun d’entre nous, n’importe qui) peut savoir combien d’argent rentre dans la Conmebol et combien d’argent en sort. Non seulement il est possible de savoir combien d’argent sort, mais également où va cet argent.

Pourquoi je dis cela ? Parce qu’avant mon arrivée, l’argent distribué aux clubs pour participer à la Copa Libertadores ne dépassait pas les 40 millions USD. À l’heure actuelle, nous leur versons 139 millions USD pour les trois coupes : la Libertadores, la Sudamericana et la Recopa. Cela signifie que nous investissons l’argent où nous le voulons, c’est-à-dire là où il aurait toujours dû aller.

Nous sommes donc en train de progresser, et tous les changements que nous mettons actuellement en place résultent du fait que nous avons compris qu’il y avait un problème, et nous avons compris que les performances de nos équipes ne correspondraient pas à nos attentes si nous ne changions pas les compétences et les programmes, ainsi que toutes les choses que nous faisions pour le football et pour l’amour du jeu. Je suis intimement convaincu qu’une fois toutes nos idées mises en place, maintenant que nous allons migrer vers un système de processus et d’enchères ouvertes, une plus grande quantité d’argent entrera dans notre organisation et des sommes plus élevées seront donc reversées aux différents clubs. De cette manière, les joueurs devraient également recevoir plus d’argent.

C’est la raison pour laquelle nous avons également mis en place l’affiliation aux clubs. De cette manière, nous pouvons être sûrs que lorsque toutes nos idées seront mises en œuvre, ce sera dans un esprit sportif.

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C’est quelque chose qui a également été demandé à votre collègue de la Concacaf, Victor Montagliani. En effet, les représentants officiels ne sont pas les seuls à avoir été destitués au cours des années écoulées, et c’est également le cas de certains partenaires et intermédiaires. Maintenant que de nouvelles entreprises arrivent pour combler cet espace, comment pouvez-vous garantir que vous ne remplacez pas une équipe d’associés douteux par une autre ?

Je comprends votre question, et je tiens à dire qu’elle est excellente. C’est un défi. Je fais entièrement confiance à mes équipes et je suis convaincu que nous allons dans la bonne direction pour agir correctement. Je pense que nous présenterons nos progrès de manière ouverte et transparente. Et nous demandons à ce que les consommateurs finaux viennent acheter les droits de la Conmebol.

Je n’aime pas les intermédiaires, et j’ai toujours été très clair à ce sujet. Il y a donc des moyens d’y parvenir. Nous ne serons pas les premiers à le faire et nous devons donc apprendre comment d’autres avant nous y sont parvenus de manière appropriée, pour pouvoir nous en inspirer.

Quelle doit être la participation des associations membres individuelles, des clubs et des ligues d’Amérique du Sud pour parvenir à moderniser et à renforcer la manière dont les affaires sont gérées dans le monde du football ?

La transformation doit s’effectuer de haut en bas et de bas en haut. C’est ce que nous faisons. Nous réalisons des progrès pour les associations membres et les clubs, mais ces derniers doivent également faire leur part du travail qui est, comme je l’ai expliqué, d’indiquer les chiffres, de payer leurs joueurs correctement, d’investir dans les bases, de développer le football – peu importe qu’il s’agisse du futsal, du beach soccer, sans aucune différentiation, quel que soit le sexe, nous devons y parvenir.

Jusqu’à présent, nous avons eu quelques joueurs (des deux sexes) qui remportent des victoires aux quatre coins du monde. Je ne parviens pas à imaginer combien nous pourrions en avoir si nous les encouragions correctement. Cela doit être fait de notre côté et atteindre les équipes, les clubs, qui doivent à leur tour raconter leur version de l’histoire.

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Quelle est la nature de votre coopération avec la Concacaf sur ces sujets, sur les deux continents ?
Je suis un ami proche de Victor, ainsi que d’Aleksandr [Čeferin, le Président de l’UEFA]. Comme je l’ai déclaré lors de mon discours, je suis ici pour tenter de travailler sur l’intégration. Je suis convaincu que le ballon rond nous rapproche.

Même si nous sommes en compétition, nous devons apprendre que, au-delà de cette compétition, nous sommes des amis et nous avons la lourde responsabilité de montrer au monde entier que le ballon rond doit nous unir. Chacun reste qui il est : nous restons la Conmebol, nous n’allons en aucun cas nous associer à quelqu’un d’autre ; cependant, cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas unir nos forces pour promouvoir le football et faire plus de choses pour ce sport.

Au cours des dernières semaines, des rapports ont laissé entendre que la Copa America se déroulerait aux Etats-Unis en 2020.

La Copa America que nous allons organiser se tiendra au Brésil en 2019. À partir de là, nous avons une discussion ouverte, dans laquelle chacune des parties tente de déterminer s’il est possible d’organiser une nouvelle fois la Copa America aux Etats-Unis et si elle sera systématiquement organisée dans ce pays ou si elle se tiendra une fois aux Etats-Unis et une fois en Amérique du Sud. À l’heure actuelle, aucune décision n’a encore été arrêtée.

Qu’en est-il de la structure de la compétition dans le football de club en Amérique du Sud ? La Copa Sudamericana va être déplacée.

Les matchs sont joués au même moment – la Copa Sudamericana et la Libertadores ainsi que les tournois des équipes nationales. Nous sommes ouverts et nous répartissons les rencontres dans le temps de manière à ce que les équipes disposent plus de temps pour disputer leurs différents matchs.

Quel défi représente la réalisation d’une telle tâche sur un continent de la taille de l’Amérique du Sud, où il existe un grand nombre de compétitions régionales (et nationales, dans des pays comme le Brésil) qui revêtent une grande importance aux yeux de la population ?

Les changements ont été mis en place en collaboration avec les associations membres de notre réseau. Nous ne les avons pas effectués dans notre coin. Pour la première fois, nous avons ouvert la discussion, nous y avons invité tous les membres, et nous leur avons présenté nos idées. Ils ont effectué leurs propres changements au sein de leurs tournois et nous sommes totalement d’accord avec ce mode de fonctionnement.

Même si 2017 est une année de transition, nous espérons nous associer aux clubs et voir ce qui se passe ; ce qu’ils pensent être des bonnes choses et ce que nous devons réaliser l’année prochaine afin d’améliorer la situation. Jusqu’à présent, aucun rapport négatif ne nous a été transmis.

Quel est le potentiel commercial des compétitions entre les clubs sud-américains ?

Je peux seulement vous dire quel en est le seuil, et le seuil est ce dont nous disposons aujourd’hui. Je ne peux pas vous dire quel sera le nombre maximal que nous atteindrons.

Cet article a été initialement publié par notre partenaire, SportsPro Media à partir d’un article rédigé par Eoin Connolly, journaliste chez SportsPro (@eoinfconnolly)


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