Grenoble, Le Mans, Valenciennes : la « malédiction » des nouveaux stades

Publié : mardi 10 juin 2014

OPINIONS : Quels sont les trois points communs entre le Grenoble Foot 38, Le Mans FC et le VAFC ? Ils  étaient tous trois en Ligue 1 il y’a moins de 5 ans, ils ont tous trois inauguré leur nouveau stade et sont tous trois aujourd’hui relégués en championnat amateurs ou en passe de l’être.

Y’a t il une malédiction des nouveaux stades, qui précipiterait inéluctablement vers les profondeurs les clubs s’engageant dans ces projets ?

A un instant clé de leur destin (2009/2010 pour le GF 38, 2011/12 pour le LEMANS FC, 2013/14 pour le VAFC), ces clubs ont d’abord un point commun : ils conjuguent une importante fragilité financière à une trajectoire sportive négative, les condamnant à évoluer en Ligue 2 ;

-    le GF 38 descend en Ligue 2 avec des faibles fonds propres et un propriétaire, le groupe japonais Index Corporation, qui n’honore pas ses engagements de comblement de passif, 
-    le MANS FC, alors en Ligue 2, a tout misé financièrement et sportivement sur une remontée immédiate en Ligue 1 (un an après sa descente à l’issue de la saison 2010-2011) en ne menant pas jusqu’au bout la saignée dans ses charges et brûlant ainsi ses 8 m€ de fonds propres. En ratant ladite remontée d’un cheveu, il se condamne presque inéluctablement à déposer le bilan 2 ans plus tard.
-    Le VAFC descend en Ligue 2 avec des fonds propres négatifs et un président-propriétaire qui ne peut (veut ?) plus refinancer son club, le précipitant ainsi à la faillite.

Or, à la différence de la Division One anglaise, son équivalent français, la Ligue 2 n’a pas de modèle économique viable; vous êtes condamnés à monter en Ligue 1, être renfloué systématiquement par votre actionnaire…ou disparaître à terme, soit sportivement, soit financièrement.

Les nouveaux stades ont ils seulement alors joué un rôle dans cette trajectoire ? Je pense que oui. 

En effet, il existe selon moi deux types de signaux faibles, l’un exogène, l’autre endogène, liés au projet du stade, qui, s’ils sont mal interprétés voire ignorés, peuvent accélérer une faillite financière et sportive. 

Le premier type de signal faible consiste en l’évolution du regard porté sur le club par son environnement (partenaires institutionnels et commerciaux, supporters, medias,…).  Finir 12e de Ligue 1 dans un stade vétuste déclenche les vivats ; le même classement dans un nouveau stade engendre déceptions et critiques. « Maintenant, il va falloir en gagner des matches » disait le Président d’un grand groupe de BTP à son homologue de club résident lors de la signature du contrat du nouveau stade. 
En d’autres termes, le niveau d’exigence et de pression extérieure a augmenté considérablement sur ces trois clubs. 

Etaient-ils prêts pour cela en interne ? 

La réponse à cette question traduit le second signal, lui, d’ordre endogène.

Si, à l’intérieur du club, la dynamique est favorable, incarnée par des dirigeants forts et des hommes-clés fédérés autour d’un projet commun,

Si l’organisation interne est conçue, entre délégation et responsabilisation, pour mener à bien conjointement, l’optimisation de la performance sportive et financière du club d’une part, et la conduite du projet du stade d’autre part, 

Alors, même si la pression extérieure augmente brutalement, la pression interne positive existante n’entrainera aucune déformation, à la manière des vains efforts que vous pourriez déployer à essayer de rentrer le pouce dans un ballon de football bien gonflé.

Gageons que pour ces 3 clubs, qui ont cumulé l’extraordinaire désavantage de connaître lors d’un même cycle, une situation sportive et financière intensément dramatique, des tensions internes dues à des nombreux changements d’hommes aux postes clés et la conduite concomitante d’un projet de stade, consommateur d’énergie, d’attention et de ressources, cela n’a malheureusement pas été le cas.

 

FF

Fabrice Favetto Bon, Fondateur de TeamStadia, ancien Directeur Marketing du PSG

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